Ouverture

pour orchestre (en la majeur). Opus 10.

Composition : août 1894 – août 1895.

Création : 14 mai 1899 au Nouveau Théâtre, Paris. Direction A. Magnard.

Dédicace : Louis Arnavon.

Édition : Par l’auteur, printemps 1904.

Présentation :

Magnard venait tout juste de commencer à étudier auprès de Vincent d’Indy, qu’il avait choisi pour sa science de l’orchestre, quand il se lança dans sa Suite dans le style ancien (1889). C’était donc un moyen pour Magnard de se tester immédiatement dans cette formation, lui qui n’avait alors composé que trois pièces pour piano et une mélodie, et alors que son Maître avait lui-même composé une Suite dans le style ancien deux ans auparavant, également en cinq mouvements et de durée sensiblement égale. L’élève soumet une première orchestration au professeur ; voici comme il le raconte à son ami Ropartz : « J’ai montré l’orchestre de ma suite à d’Indy ; c’est entièrement à refaire. J’ai voulu faire le malin en employant continuellement le cor anglais ; de là des effets grotesques et déplorables, qui diminuent mon emballement pour ce très imparfait instrument. » Il revoit alors entièrement l’orchestration.

Écrite pour une formation relativement restreinte (cordes, bois par deux, deux cors, une trompette, timbales, cymbales, grosse caisse et triangle), elle a comme modèle la suite de danses du XVIIIe siècle et son unité tonale : ses cinq brefs mouvements sont tous en sol mineur. Traditionnellement, ces suites de danses commencent par une Allemande. En ces années post-1870, Magnard choisit pourtant une Française, bien qu’aucune danse ne porte ce nom ! Doit-on voir dans cette page à l’allure décidée, à la fois solennelle et joyeuse, au thème unique, un geste de fierté patriotique ? La Sarabande qui suit, au lyrisme mélancolique, fait la part belle au cor anglais. La Gavotte commence par de gracieuses cordes ; sa partie centrale utilise surtout les vents, et en particulier la flûte aux allures pastorales ; le thème initial reprend alors, cette fois avec tout l’orchestre. Le Menuet est le plus long mouvement de tous, mais aussi le plus symphonique, le plus complexe… et le plus personnel ; nous sommes loin ici de l’état d’esprit de la suite préclassique. La Gigue finale, fuguée, dans laquelle on retrouve des éléments des mouvements précédents (encore timide incursion dans les préceptes cycliques de l’école de César Franck auquel Magnard vouait une grande admiration), conclut dans l’énergie et la bonne humeur une œuvre encore verte, certes, mais dont l’élégance et la variété mérite tout de même mieux que le quasi oubli dans lequel elle est tombée.